Juan de Fuca Marine Trail
Le Juan de Fuca Marine Trail (Sentier côtier Juan de Fuca) est un parcours de 47 kilomètres qui s’ouvre sur l’océan Pacifique et traverse des zones forestières au sud ouest de l’Île de Vancouver, en Colombie Britannique (cf carte en bas de page).
Il faut compter environ 4 jours de marche pour parcourir le sentier, en autonomie complète. C’est à dire en pleine nature, sans aucun point de ravitaillement, avec comme seuls éléments de survie le matériel et la nourriture qui se trouvent dans le sac à dos.
Entre Jordan River et Port Renfrew, dans des coins reculés et isolés, entre forêt humide et plages de galets bordées de falaises et de petites cascades, le sentier est plus ou moins difficilement abordable selon les sections et les conditions météorologiques.
Ce sentier offre une belle vision de la faune et la flore locale et notamment sur un grand nombre d’animaux marins, comme les lions de mer, les morses ainsi que les baleines grises et les orques qui migrent à cette période des côtes mexicaines vers l’Alaska.
Jour 1
9km, 5h30 de marche
Nous avons passé notre 1ère nuit en tente à Sooke, à quelques kilomètres de China Beach, l’entrée du sentier.
Après avoir avalé les dernières cerises que nous avait offertes le couple d’américains rencontré la veille, lors de notre 1ère séance d’auto-stop, nous nous mîmes en route. A 9h, au moment de quitter le camping, coup de chance : Julien a rencontré dans les toilettes un randonneur qui s’apprêtait à partir avec son groupe de huit copains pour China Beach dans deux vans débordant de sacs à dos et de matériel de randonnée. Ils nous ont gentiment proposé de nous emmener ! Nous nous sentions un peu gênés car ils avaient l’air d’être préparés comme pas possible. Nous apprenons même que trois d’entre eux avaient fait le West Coast Trail un an plus tôt… Pas de doute, alors que nous n’avions même pas une carte, nous avions affaire à des randonneurs chevronnés !
Le trajet fut long entre le camping et l’entrée du sentier. Environ 30 minutes de route sur laquelle il y avait des panneaux indiquant que nous étions dans une zone à risque de tsunamis. L’océan pacifique se trouvait à même pas 500 mètres de la route, derrière les arbres et la plaque tectonique Juan de Fuca se situe elle, à quelques kilomètres des côtes.
Les forêts qui nous entouraient étaient denses, sombres et les arbres serrés. Le début de la randonnée fut assez spectaculaire pour nous, petits français habitués aux petites routes, petits bois, petites voitures… Nous pénétrâmes dans une immense jungle sombre et humide. Les arbres étaient anormalement grands et particulièrement minces. Par endroit la forêt était dévastée. Le vent, même faible, faisait valser et craquer les arbres. Des troncs morts gisaient sur le sol, depuis plus ou moins longtemps, comme si une tornade était passée par là. Certains encore intacts et d’autres déjà recouverts de mousse. Ce spectacle laissait imaginer qu’à chaque grincement, un arbre pouvait nous tomber sur la tête !
Comme il s’agissait de notre première sortie en pleine nature au pays des ours, notre imagination nous jouait des tours et confondait parfois de gros morceaux de bois sombres avec le corps de ces plantigrades.
Il faut noter qu’il s’agit de notre 1ère randonnée en autonomie complète. Nous avions conscience de commencer fort mais le but de notre voyage au Canada était de faire un maximum de choses que nous n’avions jamais faites ou pris le temps de faire, des choses inoubliables… Je ne crois pas avoir déjà transpiré comme j’ai transpiré ce jour là. Entre les 15 kg sur le dos, les obstacles interminables de la forêt et le temps particulièrement malsain à cause de la chaleur et de l’humidité, j’appréhendais déjà la portion du lendemain, que la carte annonçait comme la « plus difficile ».
Nous avons donc parcouru 9 km pour rejoindre Bear Beach, notre première étape, où nous avons trouvé un coin à l’abri du vent entre des bosquets pour planter la tente avant de nous installer devant un feu de camp sur la plage, au bord de l’océan Pacifique.
En début de soirée, le regard de nos coéquipiers, installés à cent mètres de nous, était tourné vers l’océan. Une baleine grise passait au large !
Projetant dans un souffle audible depuis la plage, l’air de ses poumons par son évent, elle se déplaçait rapidement et majestueusement vers le sud. Elle paraissait immense ! Jamais nous aurions cru assister à un tel spectacle aussi rapidement et surtout depuis notre tente ! Nous sommes restés près de 15 minutes à la regarder s’éloigner et à en chercher d’autres du regard. Mais la traditionnelle et épaisse brume de la côte ouest tombait sur la mer et bientôt nous ni verrions plus rien.
Jour 2
12 km, 7h de marche
Réveil difficile… la psychose d’un ours s’acharnant sur notre tente ne m’a pas lâchée de la nuit. Ce matin, la brume est toujours présente sur la plage mais, au dessus, un magnifique ciel bleu domine ! Notre premier petit déjeuner en pleine nature s’est fait sur un rocher sous le regard curieux d’un phoque qui chassait au large.
Les dix premières minutes de marche furent révélatrices… Nous allions morfler ! Toujours avec l’océan pacifique à une centaine de mètres, nous progressions dans une forêt spectaculaire. Une véritable jungle d’arbres et de fougères. S’il y avait eu des cris d’animaux, nous nous serions crus dans Jurassic Park.
Des passages plus ou moins difficilement abordables se présentaient à nous : au total pour cette journée, 12km de boue et de dénivelés durant lesquels nous avons souffert et transpiré comme jamais !!! Au bout de cette torture, une plage magnifique, Chin Beach, encore plus belle que celle de la veille. D’immenses troncs d’arbres, lissés et blanchis par le frottement des vagues, gisaient sur le sable.
Nous montâmes notre tente à l’abri du vent, derrière un mur de bois dressé par les précédents randonneurs à l’aide de vieux troncs d’arbre morts. Devant notre tente, trois troncs disposés en triangle faisaient office de bancs. En leur centre était positionné un petit cercle de pierres qui servait de foyer pour allumer le feu. Une vraie petite cabane !
Un soleil de plomb au milieu d’un magnifique ciel bleu nous permit de prendre une bonne douche sous une cascade sans grelotter. De retour à la tente, nous nous installâmes pour goûter à notre premier repas lyophilisé. Ce sera surement meilleurs que les pâtes mangées jusque là. Nous aurions donné n’importe quoi pour un jambon beurre !!!
Cette journée fut horriblement épuisante mais finalement récompensée par une agréable soirée. Nous étions fières de constater que nous marchions au même rythme que le groupe de randonneurs qui avait fait le West Coast Trail… Pas mal du tout pour des novices !
Jour 3
12 km, 6h de marche
Ce matin là, nous partîmes de bonne humeur de notre camp. Le trek s’annoncait à nouveau difficile, d’autant plus que mon genou droit me faisait très mal ! J’avais fait un faux mouvement la veille en sautant d’une racine pour libérer le passage à des randonneurs croisés dans la forêt et, avais senti à ce moment là un craquement dans le genou… je souffrais terriblement en descente.
Les paysages que nous traversions étaient magnifiques. Nous passions de jungle humide, à falaises au bord de l’océan pour arriver vers 13h à une magnifique petite plage où nous avons choisi de cuisinier nos spaghettis !
La brume qui persistait depuis le matin au dessus de la mer commençait à se dissiper. Nous avions même eu l’occasion d’apercevoir notre premier aigle pygargue au sommet d’un arbre sur la plage.
Les quatre kilomètres après cette portion furent assez simples mais quelque chose d’assez inattendu se présentait à l’autre bout. Le camp de Little Kuitshe n’était pas sur une plage mais au bord des falaises dans une forêt sombre ! De petites parcelles de terrain étaient dégagées pour permettre aux randonneurs d’y installer leur tente mais rien de très rassurant ! Il faisait sombre, il y avait de la brume et une personne venait juste de nous dire avoir été témoin la veille de la visite d’un ours sur la plage, au beau milieu des campeurs… Cette même personne sentait le dentifrice à 200 mètres… tant mieux, ce n’est pas notre tente que nounours irait saccager ! La nuit fût stressante mais nous étions toujours entiers le lendemain !
Jour 4
4km, 2h de marche
Ce matin là nous progressions lentement. J’ignore si c’était dû à la fatigue ou au paysage un peu moins attrayant… surement un peu des deux. Pressés de continuer notre voyage vers le nord et soucieux de louper quelque chose, nous avions décidé d’arrêter l’aventure 4km plus loin, au 37ème km, au niveau de Parkinson Creek Trailhead.
Arrivés à destination, une chance incroyable s’est présentée à nous. Une voiture venait de déposer des randonneurs et le chauffeur nous a gentiment proposé de nous mener à Port Renfrew. Nous nous arrêtions donc une demi-heure plus tard dans ce bled qui semblait être le trou du cul du monde.
Au « visitor center », ils avaient l’air de moins bien connaître l’île que nous, alors nous décidâmes après un bon sandwich aux crudités, de faire du pouce en direction de Duncan pour espérer trouver un bus pour Tofino…




Notre première aventure! On a quand même bien assuré! Les plages étaient trop belles!