Si tu vas à Sajama, avec le chauffeur de bus tu ne t’embrouilleras pas

Si tu vas à Sajama, avec le chauffeur de bus tu ne t’embrouilleras pas

Déjà il faut s’y rendre, à Sajama

Donc, sur les conseils d’un vieux routard qui en a vu de toutes les couleurs, on va à Sajama. Paraît qu’on va être seules et que ça va nous dépayser. Ça c’est super, on est motivées. Les bus, eux, le sont moins : il y en a un par jour pour y aller. Mais pour attraper ce fameux bus tant prisé, il faut d’abord se rendre à Patacamaya, une bourgade à mi chemin entre la Paz et Oruro. Il n’y a pas de bus officiel qui y va, il faut négocier avec un bus qui part pour Oruro et viser assez tôt pour attraper l’unique collectivo de midi (sinon tu passes ta nuit à Patacamaya et, pour y être donc passées, c’est pas transcendant).

On arrive donc à Patacamaya sur les coups de 11 h avec un couple de français rencontrés dans le car et on trouve, miracle, le petit bus en question. Le chauffeur est attablé, une bière à la main (attention détail important). On va négocier le prix : c’est 30 bolivianos alors que le guide dit 20. Bon, ça commence bien. A force d’entêtement on l’obtient à 25, c’est toujours ça de pris. Et puis on attend gentiment qu’il finisse sa bière et se décide à partir… Et zou, direction Sajama pour 3 heures de route. 3 heures qui furent donc pour le conducteur : conduite déglinguée, rires gras, arrêts pipi au fin fond de la cambrousse, bière, bière, bière. Au milieu de tout ce joyeux bordel, le chauffeur nous dit vaguement quelque chose comme “l’entrée du parc est à 100 bs” (ce qui représente une certaine somme). Nous, en bons français que nous sommes, nous râlons. Le guide papier disait 40 bs, on sent l’entourloupe. Le chauffeur nous dit des “oh oh oh ok” et il continue sa route faite de pipi et de bières.

Et bim, d’un coup on est à Sajama. Sans payer l’entrée du parc. Étrange. De là on dit qu’on veut aller au Pachamama, c’est un hôtel qu’on a vu sur un blog et il paraît que c’est bien. Tu parles. En fait, c’est son hôtel à lui. Et c’est pourri en plus d’être cher. Donc on négocie le prix maintenant qu’on est là. Nous sommes quatre, la force est avec nous ! Ou pas. Le chauffeur s’emporte, s’empourpre et dans un accès de rage nous abandonne, comme ça, avec nos bagages, au milieu de Sajama. Lui, il va “faire le carnaval” à la place centrale. Nous sommes un peu dépités et en plus, il pleut. On se met à errer dans le village et, telle une lumière dans la pénombre, un petite mama nous invite d’un signe de la main à entrer dans son commerce. C’est une des 2 marchandes du village (il n’y a rien dans ce village, le vieux routard avait raison, on est bien au bout de tout) et elle tient un petit hostel. Ou plutôt 2 petites cases en chaume et tôle avec fil à linge sur lesquels elle étend la viande (nous avons failli nous la prendre en plein dans la figure à plusieurs reprises). Bon ben là pour le coup, le prix est correct mais les conditions sont un peu rudes… Peu importe, on n’a pas le choix, on s’y installe. Et voilà !! Nous sommes posées à Sajama !! Et on ne peut rien faire !! Il est 5 h de l’aprem, il pleut, il fait froid, et tout le village est réuni sur la place du village pour sacrifier un lama. Comme dans un vieux film d’horreur. Donc on marche au hasard et on croise 2 autres français venus avec un guide bolivien. Ouf! On se pose avec eux (le responsable de leur hôtel est trop bourrés pour les accueillir, on les a changés d’hôtel, ils sont au Pachamama, ah ah ah). Donc on se met à la mode locale, on boit des bières. Et on discute. Tant et si bien que la patronne du Pachamama (qui est donc accessoirement la femme du chauffeur), nous prépare à manger. A un prix assez élevé, encore une fois. De là, le chauffeur passe dans la salle à manger et nous dévisage. Il s’énerve (a-t-il sérieusement trop bu ?) et nous dit qu’on n’a rien à faire là. Euh… On vient quand même de payer 4 repas,  c’est pas si mal pour son commerce… Bref. On zappe, on va se coucher tôt pour profiter de la journée du lendemain et on se dit que… Bah zut alors, c’est le seul chauffeur qui peut nous ramener à bon port… Faudrait pas trop s’embrouiller avec lui quand même.

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Place du village de Sajama

Parc national, geysers, lagunes, bains thermaux et vigognes

Au petit matin, la mama de notre hôtel nous prépare le petit déjeuner. Et nous engueule. Parce qu’on est pas venus manger la veille dans son hôtel et qu’elle nous a attendu jusqu’à 21h30. Euh… Là je comprends plus rien. On est encore libre de faire ce qu’on veut, non ?
Bon, on lui achète plein de trucs à manger pour la rando pour se faire pardonner mais ça suffit pas, elle ne veut pas nous redonner le plan qu’elle nous avait filé la veille et qu’on a zappé sur la table. Heureusement, Audrey l’a pris en photo… Donc on part “gaiement” à l’assaut des geysers vers le nord du village.

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Notre petit chemin de rando…

En route on croise une maman lama qui vient d’accoucher. Moment magique.

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“C’est l’histoire de la vie!!”

2 heures de marche et une prise en stop en voiture plus tard, on accède aux geysers du parc. Ça fume, ça gicle, ça bout. Et c’est multicolore. Bref, c’est super beau.

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Geysers  de Sajama (on peut y faire cuire un oeuf)

Et de là, on continue en direction de la frontière chilienne (“qu’il ne faut surtout pas traverser c’est miné !”) pour atteindre une petite lagune. On la distingue vaguement sur maps.me l’application qui nous aide comme jamais durant ce voyage (on télécharge des cartes du pays et on se géolocalise avec le GPS. C’est vraiment très très utile). Mais au bout d’une heure et demi de marche, Audrey et moi abandonnons. Déjà des lagunes on en a vu pas mal et des super belles mais en plus, on souffre sérieusement de l’altitude. Ici on est à plus de 4000 m… Les conditions sont rudes. On rebrousse donc chemin, tandis que le couple qui nous accompagne préserve et, miracle, on recroise les 2 autres français et leur guide. Ainsi que leur 4×4…. Qui nous ramène en “ville”. On a en plus droit à des explications sur le volcan Sajama – le plus haut de Bolivie – les 2 volcans jumeaux qui séparent la Bolivie du Chili, les lamas, alpagas et vigognes (totalement sauvages pour cette dernière catégorie).

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Oui c’est très beau… tout ça en valait la peine

Nous arrivons donc au village sur les coups de 15 h et on est motivée pour faire autre chose. On a de la chance : il faut super beau. On part donc en quête des bains thermaux avec vue sur le volcan Sajama. C’est à 2 heures de marche et on a juste un peu peur de ne pas trop pouvoir en profiter sachant qu’il faut être rentrées avant la nuit tombée. Mais on se le tente quand même. Et là… On recroise notre chauffeur qui, évidemment, amène la cargaison de nouveaux touristes au village. Renseignements pris auprès d’eux : il leur a bien fait payer l’entrée du parc à 100 bs et ne leur a même pas proposé son hôtel. On comprend alors que : 1. Il nous a fait une faveur hier en évitant le barrage de contrôle du parc / 2. Il est vexé. Et ça nous l’est confirmé dans l’instant : on va le voir pour lui dire qu’on prend l’unique bus du retour le lendemain à 5h30 et qu’on veut être sûres d’être dedans et là il nous sort des trucs du genre “ok, mais cette fois c’est 30 bs, vous payez direct, et vous n’êtes plus les bienvenus car vous êtes des gens mauvais“. Ah bah… Va essayer de le convaincre du contraire ! Allez, on passe à autre chose, même si on flippe au fond de ne pas pouvoir monter dans ce bus.

En chemin on tombe sur un petit jeune et sa camionnette qui amène une famille au prochain village. Il accepte de nous déposer aux bains thermaux contre 5 bs. Et nous voilà dans les bains !!! A 35 degrés (résultat de l’eau qui vient des geysers si j’ai bien compris), face au volcan Sajama, on s’éclate et on se repose.

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Et oui, ça chille, tranquille…

Et puis on repart vite avant que la nuit tombe. Vers 20 h, au village, on retrouve le couple de parisiens qui a bien atteint la lagune, a marché une bonne trentaine de bornes et a réussi à trouver des bains thermaux privés en route (en fait un trou dans le sol mais encore merci maps.me). On est tous super heureux de notre journée. Et on mange à notre hôtel, notre mama d’accueil est contente. Et puis au lit, le lendemain on s’en va de Sajama !

Épilogue : levés à 4h30, on attend dans le froid que notre fameux chauffeur d’amour se manifeste. Et ben il aurait été casse-pied jusqu’au bout celui là : il a trop bu la veille, aujourd’hui la navette partira à 6h30. Ah ah. Vengeance ridicule. Cela dit, on a bien eu froid en l’attendant dehors pendant que les locaux allaient se réchauffer dans son auberge… Quand enfin il a dénié apparaître, sa femme nous a sauté dessus : “c’est 30 bs, c’est 30 bs, vous devez payer tout de suite !” Ok, bon, ben voilà. Et 3 h plus tard on atteignait – très entassés – Patacamaya puis mini bus pour Oruro et car pour Uyuni.

Donc la prochaine fois, si tu vas à Sajama, tu payes, tu dis rien, et tout se passera bien pour toi.

Céline

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5 comments on “Si tu vas à Sajama, avec le chauffeur de bus tu ne t’embrouilleras pas”

  1. Eh bien, encore une fois quel aventure!!!
    Des souvenirs pour toutes la vie.
    C’est bizarre comme les histoires les plus bizarre, drôle etc… Sont toujours avec les chauffeurs. ( au moins 4 histoires en seulement 2 voyages pour ma part)
    Tiens je viens d’avoir une idée de livre,
    “comment voyager en taxi à travers le monde”
    Avec tous les récits de voyageurs.
    Ça ferait un carton.

    Le principal pour vous, c’est d’être arrivé entières et d’être réparties.
    Et pour nous, d’avoir une histoire sympa à lire.

    Bye

    Kevin

  2. Salut, je vous suis depuis le début , et vous m’epatez. Outre votre fabuleux voyage, vos récits, vos photos et votre site internet sont extras. Vous méritez de passer à la TV, Euh, j’en parlerai à Nicolas…
    Daniel, le retraité.

  3. Ben heu pour info l’entrée au parc c’est vraiment 100bs (ticket officiel vendu par les gardiens du parc).
    Sinon je suis bien content que ça vous ait plu.
    Bonne route !
    Le “vieux” routard (merci pour le qualificatif, moi aussi vais me vexer), actuellement à Iquitos, de retour d’Amazonie.

  4. Eh beh que de gens caractériels !

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