Le jour où j’ai décidé de prendre le kayak au lieu du bateau de croisière

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En y réfléchissant bien, ma vie est faite de déclics. J’attends qu’elle se déroule comme un long fleuve tranquille et puis, assez vite, elle devient un ruisseau asséché alors que j’aimerais en faire un torrent houleux. Et là quelque chose disjoncte dans ma tête et je décide d’ouvrir l’écluse.

Il y eu les petits déclics basics qui ont accompagné mon adolescence : quitter ma copine gnangnan pour la star du collège, me colorer les cheveux en rouge pour me différencier des “braves gens”, prendre le train direction Toulouse pour rejoindre un mec rencontré 2 jours avant alors que je devais aller m’inscrire à la fac… Oui ok, c’est pas des petits déclics moisis mais aujourd’hui j’en rigole. Et puis, des fois, il y en a eu des rédempteurs. Comme le jour où j’ai supprimé tous les contacts de mon téléphone à un moment crucial de ma vie. Mais ça c’est une autre histoire.

Donc reprenons en arrière. Février 2012. J’ai 30 ans dans 2 mois, je suis en couple depuis 6 ans avec ce mec si chouette que tout le monde adore, ma vie semble enfin tracée sur sa lancée de rivière de printemps à l’ombre des feuillus. Mais mon esprit butte sur quelque chose. Quelque chose de si fort qu’il me réveille la nuit. Quelque chose de si fort qu’il me fait voir des rides dans le miroir. Et qui me fait pleurer quand je vois quelqu’un perdre à Questions pour un Champion. Un jour, exténuée de ne plus dormir, je file chez le médecin. “Mais regardez ! Là, là et là, j’ai des tâches de vieillesse qui apparaissent“. Le médecin hoche la tête en signe de soutien (que j’interprète aujourd’hui en “oui, oui, tout va bien – elle disjoncte“) et me prescrit des médicaments “qui vont bien m’aider à dormir et à y voir plus clair“. Je ne veux pas, je rechigne… Et je m’y mets. 2 semaines après, c’est clair comme de l’eau de roche : je prends mon sac, je quitte mon mec. Arrivée dans ma voiture, je bloque : “et maintenant ?” Et maintenant c’est le début d’une nouvelle vie.

On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une.”  Confucius

Déjà, je vais remercier Delphine qui m’a accueillie sur son canapé pendant un mois. Et puis Anne qui m’a lance un défi fou quand on était au Cap Vert. Et enfin ma mère qui m’a regardée changer, sans avoir peur et sans juger. Il était temps de vivre ma vie toute seule, en comptant sur moi et moi-même (et aussi accessoirement aller voir le mec qui me faisait fantasmer depuis des années). Et puis on réalise que même seul, on ne l’est jamais vraiment. Seul.

Bref, je débarque, je vois ce mec, je lui dis que je suis celib, je lui saute dessus, il comprend rien et puis il comprend, on se dit “let’s go!” et on tombe amoureux. Passion.
Qui comme son étymologie l’indique : “je souffre”. Donc un an de passion et de souffrance. Enfin pour moi, lui je sais pas trop ce qu’il a vécu de son côté. Mais bon voilà, je l’aime comme jamais, je n’écoute pas les signes qui me disent que ce mec est casanier et je m’installe avec lui. Et je n’ai jamais déballé mes cartons. Quand il m’a emmenée acheter un canapé à Ikea, j’ai compris qu’on n’irait jamais faire ce tour d’Asie tant rêvé et promis en échange de mon rapatriement dans ma région natale avec lui (Alsace… Je t’aime et te déteste). Et qu’il allait encore falloir faire confiance à moi et moi même.

Bref, rebelote, je m’enfuis. La coïncidence voudra que mon frère, résidant à Londres, publie une annonce Facebook : il cherche une nouvelle coloc dans sa maison. Bingo. Jackpot. All in. Je débarque dans la semaine. Et me voilà londonienne.

A Londres j’ai en vrac : travaillé pour une famille aisée dont le voisin était Jude Law, enseigné dans une école bilingue avec la petite fille du patron Harrods (et sa nanny en classe + son Bodygard à l’entrée), croisé Kate et Pipa à Picadilly Circus et puis j’ai bu beaucoup de bière, fait beaucoup la fête et mangé des plats du monde entier. Franchement à Londres je me suis éclatée. Et puis ennuyée. Marre de voir des stars (oui), de boire (hangover du samedi matin), de manger (+10 kgs la première année) et de faire la fête (33 ans ce n’est pas 23, même les non matheux vous le diront).

Wild

Et donc nous y revoilà. Pas de mec, pas d’amis, pas d’attaches. Et puis un samedi soir seule, je regarde “Wild” avec Reese Witerspoon. Oui moi mon délire c’est pas “Into the Wild“, c’est “Wild” tout court, j’aime les choses simples et efficaces. Et puis l’héroïne est une fille. Voilà.
Donc je suis les tribulations de Reese-Cheryl, qui joue une nana fraîchement larguée et qui décide de remonter à pied, toute seule comme une grande, la route du Mexique au Canada. Rien que ça. Bon le film est beau, poignant, ça aide aussi. Et c’est une histoire vraie. Ah ok. J’éteins mon ordi, je me dis : “bien. Donc moi aussi je peux le faire.” Ah, ah. Le lendemain on réalise ce qu’on a dit comme une confidence de gens bourrés. Seule, moi ? Celle qui n’arrive pas a aller dans un bar ou à la gym sans compagnie..?
Non, mais on va reformuler. On va dire que je vais arrêter d’attendre le mec de ma vie pour partir voyager loin et faire des bébés en route (oui, c’était le plan de base, mais les plans on peut toujours les améliorer) et que ce trip là il faut que je le fasse. Maintenant.

Et nous y voilà. Décembre 2015. Entre temps il y a eu mon annonce sur un site de voyage, la rencontre avec Audrey et nos billets achetés. Comme ça, tout vite, tout bien. Dans quelques jours, je m’envole pour Lima. Déclic puissance 1000. Dans mon sac, je vais préparer des rames et des pagaies. Sur la rivière de ma vie, j’ai choisi d’embarquer dans un kayak cette fois ci…

Céline

One comment on “Le jour où j’ai décidé de prendre le kayak au lieu du bateau de croisière”

  1. Bonjour , bonsoir , bonne nuit, je ne sais pas .

    Je découvre votre blog (adresse fournis par Audrey), et je comprend avec ces quelques lignes pourquoi vous êtes parti ensemble.
    J’avais adoré la présentation d’Audrey , j’adore la tienne.
    Je pense que vous aller faire une bonne équipe.

    Bon courage pour ce tdm.

    Allez je me lance dans la lecture du reste du blog.

    Bye

    Kevin

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